Bonjour petit Jésus

Je me nomme Minet. Je te parle aujourd'hui, pour te raconter mon histoire. J'ai été adopté lorsque j'avais deux mois, par des jeunes parents dans la vingtaine. Mon papa et ma maman semblaient gentil, et moi comme j'étais jeune, j'essayais de grimper partout, de jouer avec tout ce que je trouvais. Tu sais ce que c'est, un jeune chaton de deux mois.

Un soir d'avril, j'avais maintenant quatre mois, je dormais paisiblement quand j'ai entendu papa et maman se disputer, je ne savais pas pourquoi. Puis les cris ont cessé et je me suis rendormi. Le lendemain avant-midi, mes parents s’étaient sûrement réconciliés, car ils m'amenèrent faire une ballade sur l'autoroute. J'étais si content, je ronronnais couché sur les genoux de maman. Papa stationna l'auto à un endroit désertique, je ne voyais aucune maison dans les alentours, seulement une grande forêt; alors je me suis dit : " Papa veut se reposer un peu. " Je me trompais, papa est sorti de l'auto a ouvert la portière du côté de maman et m'a pris dans ses bras. Je pensais que c'était pour faire mes besoins, alors papa m'a amené sur le bas côté de la route et comme je m'installais pour faire mes besoins, papa s'éloigna. Je le regardais, puis il est remonté dans l'auto et ils sont repartis sans un regard en arrière, me laissant là tout seul.



Petit Jésus, je n'avais que quatre mois, je ne savais pas ce qui se passait, j'avais peur. Je me suis assis près de la route pour attendre papa et maman, les autos défilaient, mais pas celle de papa. Lorsque la nuit tomba, il a bien fallu que je me rende à l'évidence, que j'avais été abandonné par mes parents adoptifs. Qu'est-ce que j'avais fait de mal, pour que l'on m'abandonne ainsi? J'étais propre, j'aimais jouer, mais je ne brisais rien, alors pourquoi m'a-t-on abandonné?

Les jours suivants, j'espérais toujours le retour de mes parents, mais en vain. Ils ne revinrent pas. Alors, je me suis débrouillé comme j'ai pu pour survivre dans les bois. Je mangeais tout ce que je trouvais, mais ce n’était pas facile, il y avait beaucoup d'autres animaux dans la forêt et ils me faisaient peur, alors je me cachais le jour et essayais de me nourrir la nuit.

Un jour de juin, j'avais maintenant six mois, j'étais un peu plus courageux et dans la journée je sortais pour aller près de la route en espérant que quelqu'un s’arrêterait pour m'adopter. Ce fut à ce moment là, que j'ai vu une camionnette de l'autre côté de la route s'arrêter. J'étais tout heureux, je croyais qu'on m'avait aperçu et que mes misères étaient terminées. Mais non, ce que j'ai vu ce jour-là, m'a fait comprendre la cruauté de certains êtres humains. Quand la camionnette a redémarré, j'au vu un jeune chiot d’à peine quatre mois de l'autre côté de la route. Il pleurait et avait peur, lui non plus ne comprenait pas ce que son papa venait de faire : l'abandonner. J'étais triste pour lui, car je savais ce qui l’attendait dans la forêt. Petit Jésus, pourquoi nous adoptent-ils, pour ensuite nous abandonner?

Le jeune chiot m'a vu, alors tout heureux, il se lança sur la route sans regarder et puis un gros camion passa et sans freiner en voyant le jeune chiot, il l'écrasa comme si ce n'était qu'un sac d'ordures. J'ai tout vu petit Jésus, et mon cœur a eu mal de voir ce jeune chiot mort sur la route. Nous aurions pu devenir des amis et réunir nos deux solitudes, mais un autre être humain au cœur dur lui avait ravi sa jeune vie.

Je suis retourné dans la forêt, la route me faisait trop peur, la cruauté des gens me dégoûtait. Les mois passèrent et je me débrouillais seul pour survivre. J'allais très rarement près de la route, je n'avais plus aucun espoir que quelqu'un de charitable s'arrête et m'adopte. En octobre, je ne sais pas pourquoi, mais il y avait beaucoup d'hommes dans la forêt et ils faisaient des bruits épouvantables avec une sorte de machin qu'ils avaient dans les mains, quelque chose que je n'ai jamais vu; alors encore une fois je me cachais le jour et sortais la nuit pour me nourrir.



Une nuit, j'ai encore goûté à la cruauté des humains. Je cherchais de quoi me nourrir, quand j'ai marché sur une branche et j'ai entendu un bruit étrange, comme un claquement, et j'ai eu très mal. Ma patte avant droite était prise entre des dents de métal. Je ne savais pas ce que c'était, mais j'avais si mal que je miaulais à fendre l'âme, me débattant pour me sortir de ce piège infernal, cela m'a pris des heures. J'ai réussi mais avec la moitié de la patte avant droite en moins. Je souffrais le martyr, je voulais mourir, tant j'avais mal.

Je me suis traîné de peine et de misère dans mon refuge. Je saignais beaucoup et je savais que je ne pourrais pas me nourrir avec cette blessure. J'allais attendre que la mort vienne me chercher, ce serait une délivrance pour moi. Pendant une semaine, je n'ai rien mangé, ma patte me faisait de plus en plus souffrir, alors je me suis dit : « Va près de la route et traverse-la, il t'arrivera la même chose que le jeune chiot. »

En boitillant, en souffrant énormément je me suis rendu près de la route, je me suis assis un moment pour me reposer, quand j'ai vu une auto s'arrêter. Je ne bougeai pas, je n'en avais plus la force. Un monsieur et une dame sortirent de l'auto et me regardèrent. Alors la dame m'appela « Minet, Minet, viens mon beau. » J'aurais bien voulu avancer vers elle, elle semblait gentille, mais je souffrais trop. Le monsieur s'approcha de moi un peu plus et dans sa main, il y avait un morceau de viande fraîche. Il me le tendit et je dévorai le morceau rapidement tellement j'avais faim. La dame s'approcha à son tour, avec un bol d'eau et encore de la viande, enfin je me régalais avant de mourir. Le monsieur vit ma patte blessée, j'ai vu des larmes dans les yeux de la dame lorsqu'il lui montra. Elle me pris dans ses bras, m'enroula dans son gilet et ils m'amenèrent avec eux. La dame me parlait avec douceur, j'ai compris le mot vétérinaire. Petit Jésus, j'étais content, ils allaient me faire euthanasier, j'allais mourir sans souffrir davantage.

Donc, quand je fus chez le vétérinaire, le monsieur et la dame lui parlèrent, puis partirent. Dans ma tête je les remerciai de leur bonté, j'allais mourir avec dignité, pas écrasé sur une route perdue. Le vétérinaire m'endormit, mais surprise! Quelques heures plus tard, je me réveillais, un bandage à la patte et une aiguille dans la cuisse gauche. Je ne savais pas ce qui se passait, mais j'étais vivant. Une autre surprise m'attendait, le monsieur et la dame étaient près de ma cage et la dame me parlait : " Beau Minet, tu vas t'en sortir, disait-elle. " Je ne comprenais plus rien, j'espérais simplement qu'on ne m'avait pas sauvé pour me retourner d'où je venais.

Toute la semaine que dura mon hospitalisation, la dame et le monsieur venaient chaque jour me rendre visite. Ils étaient très attentionnés avec moi et je me demandais où ils voulaient en venir? Puis le jour de ma sortie de la clinique, je vis arriver le monsieur et sa dame. Elle me prit dans ses bras, me couvrit avec une couverture douillette. Pour la première fois de ma jeune vie, je me sentais en sécurité. Peu m'importait ce qu'il m'arriverait plus tard, je savourais ce moment idyllique.

J'arrivai enfin chez le monsieur et sa dame, là, à ma grande surprise, m'attendait un panier avec un coussin douillet et mœlleux. Auprès du panier, il y avait une litière, un bol d'eau et un bol rempli de bonne nourriture. La dame me déposa sur le coussin et me dit : " Mon beau Minet, tu es ici chez-toi désormais. " Le monsieur me caressa la tête et reprit : " Tu seras notre garçon, l'enfant que nous n'avons jamais eu. " Tous les deux avaient les larmes aux yeux, mon cœur battait comme un fou. J'avais enfin trouvé un papa et une maman, un havre de paix. Pour les remercier, je leur fis mon plus beau miaulement de satisfaction. Ils rirent au travers leurs larmes.



Aujourd'hui j'ai deux ans, je suis toujours le garçon gâté de papa et maman. Je suis en forme, mon poil tigré est reluisant, je pèse quinze livres et malgré mon bout de patte en moins, je me déplace rapidement et joue à la balle avec papa. Maman ne se fâche pas quand je joue avec sa pelote de laine, au contraire, elle trouve cela drôle quand elle me voit tout empêtré dans la laine. Le soir, j'ai délaissé mon panier pour me blottir entre papa et maman dans leur lit. Je suis un beau gros Minet heureux avec des parents extraordinaires. Merci petit Jésus, d'avoir mis sur ma route des parents aussi merveilleux, tu m'as prouvé qu'il y a encore des gens généreux et bons sur cette terre. Tu m'as prouvé qu'il n'y avait pas seulement des personnes sans cœur, cruelles, et sans conscience comme celles qui ont écrasé le petit chiot, sans aucun remord. Il n'aura jamais la même chance que moi.

Merci petit Jésus, malgré toutes mes souffrances, la faim, la peur que j'ai subies, tu m'as récompensé en me donnant des parents exceptionnels. Merci, petit Jésus.

Quand vous avez un animal de compagnie et que vous n'en voulez plus, ne l'abandonnez pas sur le bord d'une route ou dans un logement que vous quittez. Essayez de lui trouver une famille d'accueil, ou un bon refuge, pas des refuges comme on en voit parfois à la télévision où les animaux sont mal nourris et battus. Il y a aussi la SPCA et en dernier recours, le faire euthanasier. Ces animaux ne demandent pas grand chose, seulement de l'amour. Si vous ne pouvez pas leur en donner, au moins faites en sorte qu'ils ne souffrent pas.

Votre ami, Minet


Auteur : Karjoc©