Les batailles entre félins sont monnaie courant. On vous propose ici de décoder la communication entre deux individus qui s’affrontent et de quelle façon intervenir.

Deux chats peuvent en venir aux coups de griffes, pour plusieurs raisons. Mais, à la base, il s’agit presque toujours d’accéder à quelque chose en premier ou en exclusivité. Que ce soit à de la nourriture, à un endroit sécuritaire, à des caresses ou pour s’accoupler, un chat voudra protéger le territoire où se trouve une ressource qui est très importante pour lui, particulièrement si celle-ci est rare. Les altercations peuvent également correspondre à une « signature de contrat » que les chats établissent entre eux pour s’assurer que chacun comprenne bien qui a droit à cette ressource et à quel moment de la journée. Bien souvent, ces « contrats se signent » seulement en utilisant le grognement et le feulement (quand il crache). Dans d’autres cas, ils exigeront l’usage de la force. Dans nos maisons, il peut aussi arriver qu’une introduction inadaptée d’un petit nouveau dans le territoire, un environnement inadéquat, la vue d’un congénère à l’extérieur ou encore une intervention humaine puissent provoquer des agressions entre les chats.


Les causes


Qu’ils soient ou non de la même portée, des chatons élevés ensemble s’entendent généralement bien une fois adultes. Mais il peut y avoir des exceptions. Des querelles de hiérarchie peuvent survenir si deux individus se sentent de même statut social ou lorsqu’un chat atteint la puberté entre 6 et 10 semaines ou la maturité entre 2 et 4 ans ou encore à l’arrivée d’un nouveau venu. Le surpeuplement et le stress provoquent des ruptures dans l’harmonie du groupe. Parfois, cependant, il n’y a pas d’explication à une inimitié soudaine. Dans certains cas, il faut se résoudre à séparer les animaux.


Comment y remédier ?


Si vous désirez introduire un nouveau chat chez vous, minimisez les risques de friction en suivant les conseils donnés ici. L’odorat représentant l’élément clé de la familiarité féline, laissez au moins une semaine au chat en place pour s’habituer à l’odeur du nouveau venu. Celui-ci ne doit pas être libéré avant d’avoir été accepté par l’autre, ce qui nécessite parfois plusieurs semaines. Il se peut que les chats ne deviennent jamais amis, mais cela ne pose aucun problème tant que chacun respecte l’espace de l’autre.


Le chat décortiqué


Les chats détestent, par nature, la bagarre qui les rend anxieux. Ils chercheront donc par tous les moyens à éviter d’en arriver à la confrontation. Voilà pourquoi ils ont développé un protocole de communication leur permettant de « signer la plupart des contrats » sans qu’aucun coup de patte ne soit échangé. Ce protocole comprend plusieurs étapes qui seront respectées selon un ordre précis et sur une période de temps variable allant de quelques secondes à plusieurs minutes.


Voici les étapes :
L’intimidation
Pour la plupart des gens, la taille d’un adversaire a son importance. Nous sommes en général plus impressionnés par les menaces d’un grand et fort gaillard tout en muscles que par celles d’un petit maigrichon. Les félins ne font pas exception à la règle. Les chats gonflent donc leur poil et crachent puissamment afin de paraître plus gros et pour intimider leur adversaire dans le but ultime que ce dernier abdique avant d’en arriver à la bagarre, croyant qu’il n’est pas de taille contre un tel adversaire. Et généralement, cette stratégie a beaucoup de succès. Non seulement l’adversaire est impressionné mais nous aussi, les maîtres, sommes impressionnés lorsque nous assistons à cette phase d’intimidation. La très grande majorité des altercations entre chats ne va pas au-delà de l’intimidation, et la « signature du contrat » se fait sans en arriver aux coups de griffes. Mais il arrive parfois qu’un chat, même petit ne soit pas intimidé par un gros matou et refuse de se soumettre. C’est dans cette situation que la « signature du contrat » exigera l’usage de la force. Les deux animaux passeront donc à l’étape du combat qui, elle-même, comprend plusieurs étapes.


L’avancée lente et la marche latérale
Le chat qui croit avoir le dessus avancera lentement vers son adversaire. Il utilisera alors un langage corporel très précis consistant à se mettre haut sur ses pattes, à arrondir le dos tout en tenant sa tête bien en avant. Les pupilles seront rétractées, les moustaches pointées vers l’avant et les oreilles tournées vers l’arrière pour former un V plus ou moins évasé de chaque côté de la tête. Son adversaire devra alors décider s’il est intimidé par cette avancée lente ou s’il peut lui tenir tête. Dans le deuxième cas de figure, il adoptera la même position et les chats avanceront l’un vers l’autre jusqu’à être pratiquement museau contre museau en grondant et en criant à fendre l’âme pour tenter d’intimider l’autre. Par contre, si l’adversaire est intimidé par la marche lente de l’autre chat, son langage corporel signifiera à l’autre chat qu’il se soumet. Il se mettra alors en boule au sol en repliant la queue le long de son corps, voir entre ses pattes arrière. La tête sera rentrée dans les épaules, les pupilles seront très dilatées, les moustaches collé le long des joues et les oreilles complètement retournés et collées sur la tête. Il pourrait également reculer devant son adversaire en marchant latéralement, c’est -à-dire en reculant de coté. Celui qui abdique fera très attention à bouger le plus lentement possible car le moindre geste rapide pourrait déclencher l’instinct d’agression du chat qui a gagné l’étape de la marche lente.

Lorsqu’un animal se soumet et que son langage corporel le montre clairement, l’altercation n’ira pas plus loin. Un chat intimidant qui voit son adversaire adopter une position de soumission devrait normalement cesser d’avancer et ne pas attaquer. Il est cependant possible qu’il décide de donner quelques coups de pattes pour s’assurer que l’autre chat a bien compris.


La boxe
Si les deux félins sont persuadés qu’ils peuvent avoir le dessus et qu’aucun n’abandonne, ils en viendront aux coups de pattes. Vous avez sûrement déjà vu ces combats où les chats se donnent des coups de pattes sur le museau ou sur le front. Ces coups sont relativement puissants et, encore ici, le but est d’intimider en ayant recours à la force. Il est très rare que les griffes soient sorties lors de combats entre des chats qui vivent sous le même toît. Si les griffes sont utilisées, c’est souvent involontairement. La puissance des coups revêt donc une importance capitale. Un animal qui reçoit une tape suffisamment vigoureuse comprend que son adversaire est plus fort que lui, et préfère se soumettre.


Le roulé-boulé
Si les chats en sont toujours à se défier après l’étape de la « boxe », ils devront passer au combat avec roulade, appelé le roulé-boulé. Il s’agit d’une bagarre très impressionnante où les adversaires roulent sur eux-mêmes. Le but est d’être celui qui est sur le dos ou sur le côté. Beaucoup de gens croient qu’un chat qui est sur le dos, face à un congénère, est en position de soumission, comme c’est le cas chez le chien. C’est tout à fait le contraire chez le petit félin. Sur le dos, le chat a les quatre pattes libres, il sort ses griffes et est ainsi en meilleure position offensive et défensive alors que son adversaire est réduit à utiliser seulement ses deux pattes avant puisqu’il est assis ou debout. Ainsi, avec une seul patte ou deux pattes quand il le peut, il doit tenter de percer la défensive de l’autre chat et essayer de l’attaquer.

Il est à noter que le poil qui vole dans tous les sens durant le roulé-boulé n’est pas le résultat de morsures ni de coups de griffes, mais résulte bien de leur anxiété durant la bagarre. Toute personne ayant amené son petit compagnon chez le vétérinaire le sait, un chat anxieux perd beaucoup son poil, et ce, sans même qu’on le touche. Alors, imaginez lorsqu’ils combattent. Encore ici, les cris et grondements sont très saisissants, le but étant toujours d’impressionner l’adversaire afin qu’il renonce rapidement et accepte la dominance.


L’arrêt et la récupération
Un roulé-boulé ne dure jamais très longtemps et il est suivi par un arrêt. La durée de la pause varie de quelques secondes à plusieurs minutes, selon ce que chaque chat aura compris de l’altercation qui vient de se produire. Souvent, l’un des deux va comprendre qu’il n’est pas le plus fort, et affichera alors un langage corporel de soumission et tentera de s’éloigner très lentement. Si ce n’est pas le cas, les deux petits félins récupéreront leur énergie et reprendront à l’étape de l’intimidation mais, cette fois, les choses se dérouleront beaucoup plus rapidement.


La fuite et l’assertion de domination
Lorsque finalement l’un des deux chats abdique et fuit, le gagnant va très souvent courir après lui et lui asséner quelques coups de pattes sur le dos ou l’arrière-train. Cette agression est une assertion de domination. Elle vise simplement à s’assurer que le perdant a bien compris qu’il n’a pas intérêt à revenir défier le gagnant. On pourrait dire que c’est à ce moment précis que se « signe le fameux contrat ».

Les propriétaires font souvent l’erreur d’intervenir à cette étape. Il faut comprendre que l’assertion de domination est essentielle pour clore la bagarre. En empêchant le gagnant d’asseoir sa domination, vous empêchez la « signature du contrat » qu’ils ont eu tant de mal à négocier. Ainsi, le dominant pourrait décider de retourner voir le perdant et de recommencer le processus du début, en redoublant de violence pour que les choses soient bien claires cette fois.


Dans nos maisons
La violence des combats entre deux chats qui cohabitent est souvent moindre que celle entre deux matous dans la rue. Que ce soit lorsque les chats grondent, feulent, se donnent des coups de pattes ou se battent, il est préférable de ne pas intervenir et de les laisser faire. Une fois la domination d’un des animaux établie, vos compagnons n’auront plus de raison de se disputer car chacun saura quelles sont désormais les règles à suivre. En intervenant, vous pourriez faire perdurer une mésentente qui ne trouve pas de résolution faute d’un perdant et d’un gagnant à l’issue de la bagarre.


Quoi faire?
Si vous devez absolument intervenir lors d’un bataille, ne le faites jamais vous-même. Lancez un petit coussin par exemple (le but ici n’est pas de blesser les chats, dont il faut le lancer délicatement) et détournez le regard. En ne regardant pas les belligérants, ceux-ci n’auront pas l’impression que c’est vous qui êtes intervenu. Il existe cependant des situations ou la relation entre deux chats dégénère à tel point que les combats deviennent une habitude sans que l’instauration d’une dominance en soit la cause. Souvent, dans de tels cas, un animal s’acharne sur un autre qui, pourtant, montre à son agresseur qu’il le craint. Cette situation ne doit pas perdurer et, dans la mesure du possible, il ne faut pas laisser deux chats se rendre aussi loin dans les hostilités, isolez vous petits compagnons et appelez un consultant en comportement félin.


Les morsures


Les dents du chat, surtout les canines (crocs), sont très coupantes et les muscles de ses mâchoires très puissants. La douleur causée par une morsure peut être aggravée par une infection. En effet, la bouche d’un chat est un véritable foyer de bactéries.


Il est donc toujours préférable d’amener votre chat chez le vétérinaire si vous soupçonnez qu’il a été mordu par un autre chat. Cependant, la gravité d’une morsure dépend, jusqu’à un certain point, de son emplacement. Une morsure sur une patte ou sur la queue provoque souvent une simple inflammation des tissus adjacents à la blessure qui peut néanmoins s’étendre à une assez grande zone. En revanche, une morsure à la tête, sur la croupe ou à la base de la queue risque de provoquer un abcès (accumulation de pus sous la peau qui entraîne une enflure).


Les griffures


La majorité des griffures sont superficielles et ne provoqueront qu’une gêne passagère. Cependant, elles peuvent infliger une blessure grave si l’œil est atteint. Un globe oculaire rayé ou une cornée perforée peut laisser des séquelles à vie : le chat risque de voir moins bien, et même de perdre son œil. C’est pourquoi toute blessure dans la zone oculaire doit être examinée par un vétérinaire.


En revanche, une griffure légère peut être soignée à la maison. Nettoyez la plaie deux fois par jour à l’aide d’une solution saline diluée et surveillez-la pendant deux ou trois jours pour vous assurer que la zone n’enfle pas et ne s’infecte pas. En effet, les infections sont fréquentes et nécessitent un traitement par antibiotiques. Si elles ne sont pas vite traitées, elles risquent de provoquer un abcès que le vétérinaire devra percer.


Signes de blessure de combat


Si vous savez que votre chat se bat régulièrement
ou si vous avez entendu récemment une bagarre à l’extérieur, soyez attentif à ces symptômes :


  • Claudication soudaine
  • Indolence et manque d’énergie
  • Température élevée ou nez chaud et sec
  • Grognement ou sifflement lorsqu’il est manipulé
  • Blessure détectable, bien qu’une plaie unique soit difficile à localiser, à la vue ou au toucher
  • Enflure, surtout au niveau de la tête, de la croupe ou des pattes
  • Oreille déchirée ou griffée
  • Oeil fermé, enflé ou endommagé

  • Source : Magazine animal









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